Et au milieu grandit la Start-up Nation, par Arnaud de Lacoste

par Arnaud de Lacoste dans Expertises, Techno, Tendances | le 15/09/2017 | lu 1151 fois

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La plupart des articles traitant de la nouvelle économie, des start-up, des unicornes, des géants GAFA ou BTAX, ne s'intéressent qu'à la Silicon Valley et la Chine. Et pourtant au fin fond de la Méditerranée, une véritable Start-up Nation est en train de naître. 

Je reviens d'un bref séjour en Israël. Je l'avoue, ce pays m'a bluffé. Loin des idées reçues, la vitalité de sa capitale Tel Aviv, l'envie de sa jeunesse, la richesse de son écosystème, sont autant d'atouts pour ce pays de 8 millions d'habitants.

Il est difficile de comprendre la genèse d'un tel foisonnement de start-up si on n'a pas en tête 4 piliers sur lesquels cette économie se construit aujourd’hui :

1/ Innover par nécessité 

"Ce n'est pas l'homme qui était le plus intelligent qui a inventé la roue, c'est celui qui en avait le plus besoin".

Cette phrase résonne encore en moi. Elle est la meilleure explication de l'envie d'innover et d'entreprendre omniprésente à Tel Aviv. Un chiffre est extrêmement parlant. En Israël, on compte 1 start-up pour... 2000 habitants. La densité la plus importante au monde ! Peu de richesses naturelles, peu de réserves d'eau douce, un sol pauvre, principalement sablonneux ont obligé l'agriculture en Israël à se tourner très tôt vers les biotech pour pouvoir exister. C'est à cause  de / grâce à ces contraintes que la tomate cocktail est née en Israël il y a une trentaine d'années[1].

2/ Global since day one

Du fait d'un marché domestique quasi inexistant, de relations commerciales pratiquement impossibles avec ses voisins, la vision des entrepreneurs israéliens a toujours été mondiale, et ce dès le premier jour. Souvent, le premier marché d'expérimentation d'une technologie ou de lancement d'un produit n'a pas été Israël mais un pays étranger ; l'implantation sur le marché domestique venant des années plus tard.

3/ Les industries de défense comme berceau de l’innovation

La plupart des entrepreneurs que j'ai rencontrés sont passés par les unités de recherche ou d'élite de l'armée israélienne. Une grande partie des produits high tech et des softwares commercialisés par ces entreprises aujourd’hui sont des déclinaisons opérationnelles de travaux initiés dans les laboratoires de recherche de l’industrie de la défense. De nombreuses passerelles existent entre les mondes militaire et civil.

4/ Cash is a commodity 

Pouvant s'appuyer sur un réseau extrêmement développé et diversifié (Angels, VC, Corporate) mais aussi sur un maillage important d'incubateurs et d'accélérateurs, l'offre est abondante pour les startupeurs en recherche de financement, surtout que le cash n'est pas une contrainte. Ce point n’est pas spécifique à Israël. Comme dans la Valley, comme en Chine, il y a plus d'argent à investir que de projets à financer. Là aussi, c’est aux investisseurs de démontrer leur valeur ajoutée (ouvertures de réseaux, accès aux talents, accès aux marchés…). L’apport d’argent n’est pas du tout un facteur différenciant.

Alors oui, il est urgent de s’intéresser à Tel Aviv ! J’ai effectué ce voyage avec Stéphane Akkaoui (Associé de The Social Client, en charge de la R&D) dans le cadre de notre programme de veille et d’innovation. Nous avons rencontré une vingtaine de startup, ce qui nous a permis d’identifier 4 entreprises (certaines très très petites) pouvant potentiellement intégrer notre programme de partenariats mondiaux :

  1. Solution de Web Voice Synchronization avancée.
  2. Solution de Digital IVR, avec une orientation très complémentaire à l’offre de notre partenaire Dial-Once.
  3. Solution de Voice Analysis totalement innovante, ne s’intéressant pas à la compréhension du langage, mais basant son analyse sur les fréquences basses de la voix.
  4. Solution d’intégration simplifiée des FAQ avec les chatbots.

Dans les prochaines semaines, des POCs seront lancés avec ces quatre partenaires potentiels afin d’évaluer la fiabilité des solutions, leur ROI, leur adaptation à nos marchés… N’hésitez pas à vous rapprocher de nous si vous souhaitez vous intégrer dans l’un de ces tests.

Les sujets d’Intelligence Artificielle étaient également au programme de notre voyage. Rien de bien nouveau pour le coup dans cette région. On retrouve les trois grandes approches dans la mise en place de produits à base d’IA :

  1. De loin la plus répandue, les start-up partent d'une base Open Source (Stanford NLP est un des logiciels les plus prisés), sur laquelle elles développent leur propre couche d'intelligence pour coller à leur spécificités. Elles y gagnent ici de la rapidité de mise en place, tirant parti d'une communauté et d'un moteur de machine learning éprouvé.
     
  2. Des start-up très orientées recherche, comptant nombre de docteurs es linguistique ou machine learning, développent leurs propres algorithmes d'apprentissage et d'intelligence. Ils ont généralement une meilleure maîtrise de la technologie, des capacités de leur dispositif et de la précision de leur solution, mais les projets sont longs à sortir.
     
  3. Un dernier groupe d'acteurs préfèrent se concentrer sur la valeur ajoutée de leur produit et choisit l'Intelligence Artificielle comme un outil. Ils s'appuient alors sur des prestataires pour faire fonctionner leur moteur. Ces prestataires peuvent être de gros acteurs (API.AI de Google, Watson d'IBM, Wit.ai de Facebook ou encore LUIS de Microsoft) ou bien un pure player des groupes du dessus.

Enfin, ce voyage n’a fait que confirmer notre vision autour des sujets d’IA. Aujourd’hui concernant l’Expérience Client il n’y a pas de produit magique permettant de substituer directement un conseiller par une machine. Plus que jamais les solutions proposées doivent être implémentées dans une logique d’accompagnement de l’humain, d’augmentation, et en aucun cas de substitution.

Merci à Lee Recht de Start-Up Nation Central, Adi Soffer-Teeni et Roni Bonjack de Facebook Israël et Thibaut Bayart de ZTP pour leur aide et leur disponibilité durant l’organisation de ce voyage.

[1] Dans les années 90, une équipe de chercheurs de la faculté d'agriculture de Rehovot en Israël menée par Nachum Kedar et Haim Rabinovitch travaillent à améliorer la teneur en sucre et la résistance du fruit à la demande de la marque anglaise Marks & Spencer qui souhaite la commercialiser. 

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